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Canicules, allergies : pourquoi le changement climatique menace-t-il notre santé ?
Chaque année, la France rencontre des canicules, de plus en plus fortes et fréquentes, des feux de forêts ou encore des phénomènes météorologiques violents. Ces épisodes mettent à mal notre santé. Le changement climatique agit déjà comme multiplicateur de ces phénomènes et des risques sanitaires qui en découlent. Ils ne se limitent pas aux vagues de chaleur, et interagissent fortement avec la pollution de l’air, créant des effets délétères pour la santé et les écosystèmes. Quel est le lien entre bouleversements climatiques et santé ? On vous explique. 👇
Pourquoi les étés deviennent de plus en plus meurtriers ?
L’augmentation des températures entraîne une hausse de la mortalité et de la morbidité (c’est à dire du nombre de personnes malades dans la population), touchant particulièrement les seniors, les enfants et les personnes travaillant en extérieur. Les risques incluent des coups de chaleur, de la déshydratation et l’aggravation de pathologies chroniques (souvent cardio-vasculaires).
En 2016, l’OMS estimait que 24 % de la mortalité mondiale (soit près de 14 millions de décès par an) est liée à des facteurs environnementaux évitables, dont, en tout premier lieu, la pollution de l’air, responsable de la moitié d’entre eux, et certains effets du changement climatique, tels que les canicules, de plus en plus fortes et fréquentes, les feux de forêts ou encore les phénomènes météorologiques violents.
Des conséquences déjà observables en France
Les vagues de chaleur de l’été 2025 (le 3e été le plus chaud depuis 1900) ont causé 5 700 décès en France, avec une multiplication par 3 des passages aux urgences et par 6 des consultations médicales. Ceci signifie que la chaleur a causé 3 % de tous les décès de l’été 2025, avec un impact phénoménal durant les jours de canicule, où plus de 12 % des personnes décédées ces jours-là ont succombé aux effets de la chaleur.
Soleil et cancers de la peau
Le réchauffement climatique entraîne des températures plus élevées et des étés plus longs et, ainsi, une exposition accrue aux rayons UV, qui favorise l’augmentation des mélanomes cutanés. On observe qu’en France, le nombre de nouveaux cas a été multiplié par plus de 5 chez l’homme et plus de 3 chez la femme entre 1990 et 2023. Les mélanomes cutanés sont désormais l’un des 10 cancers les plus fréquents en France.
Un réel impact sur la santé mentale
La chaleur excessive impacte aussi le bien-être physique que mental, pouvant notamment engendrer une fatigue accrue, du stress, ou encore des troubles du sommeil. Elle perturbe la santé mentale, provoquant une hausse des troubles psychologiques et psychiatriques (anxiété et éco-anxiété, insomnies, troubles de l’humeur, dépression, etc.) et peut favoriser des comportements agressifs voire, dans certains cas, violents.

Comment les événements extrêmes empoisonnent-ils notre air ?
Les tempêtes, sécheresses et des feux de forêt génèrent des particules fines nocives. Les panaches de fumée des feux de forêt sont composés de particules fines et ultrafines, et au-delà de leurs impacts locaux, ces pollutions peuvent traverser de longues distances. C’était notamment le cas des méga-feux d’Amérique du Nord de 2025 qui ont pollué l’air jusqu’en France. Ces panaches de fumée nocifs ont des effets sur la santé : ils provoquent des symptômes respiratoires, mais aussi des maladies telles que l’asthme ou d’autres maladies pulmonaires chroniques. Ces feux peuvent aussi provoquer des symptômes directs ou indirects d’irritations ORL (maux de gorge, otites) et cutanées (dermatites atopiques, démangeaisons) et avoir un impact sur la santé cardiovasculaire (hypertension, arythmie cardiaque et autres cardiopathies).
Les tempêtes de sable du Sahara, quant à elles, transportent des particules pouvant être chargées de métaux ou de germes sur de longues distances, atteignant la France métropolitaine, la Guadeloupe ou encore la Martinique. Sans venir d’aussi loin que le Sahara, lors de tempêtes en France, après de forts épisodes de sécheresse, les poussières des sols asséchés et soulevées par les vents sont également source de pollution de l’air.
Pourquoi le réchauffement climatique nous rend plus vulnérables aux maladies infectieuses ?
Le réchauffement favorise la migration vers le nord et en altitude d’espèces transmettrices de maladies, comme les moustiques et les tiques. En France, l’installation durable du moustique tigre augmente le risque de transmission de la dengue, du chikungunya et du virus Zika sur des territoires auparavant épargnés. De même, la progression des tiques accroît le risque de maladie de Lyme.
En quoi la chaleur aggrave-t-elle la pollution à l’ozone et quels en sont les effets ?
La chaleur et le soleil agissent sur plusieurs polluants de l’air, émis par le trafic, routier et aérien, l’agriculture ou encore l’industrie, les transformant en ozone au niveau du sol, un gaz hautement irritant.
Dans certaines villes, comme Nantes, la pollution à l’ozone expliquerait jusqu’à 31 % des décès constatés durant une vague de chaleur (toutes causes confondues).
Ainsi, plus le climat se réchauffe, plus les concentrations en ozone augmentent.
L’Ozone : un gaz d’abord nocif pour la santé puis pour le climat
En plus d’être néfaste pour la santé, l’ozone est un gaz à effet de serre (3e contributeur au réchauffement climatique selon le GIEC, après le CO2 et le méthane), ce qui renforce le réchauffement climatique et la formation d’ozone, dans un cercle terriblement vicieux. Aujourd’hui, près d’un cinquième du réchauffement climatique est directement attribuable à l’ozone. C’est une des raisons pour lesquelles la lutte contre la pollution de l’air est indissociable de celle contre le changement climatique.
NB : la couche d’ozone (composée du même gaz), située quant à elle très haut dans la stratosphère, nous protège des rayons du soleil.
Pourquoi la chaleur augmente les allergies et l’asthme ?
Le réchauffement climatique provoque l’allongement des saisons polliniques de 1 à 2 mois, et les intensifie. De plus, les plantes allergisantes, telles que l’ambroisie, gagnent du terrain : leurs aires d’implantations grandissent.
À cela s’ajoute une augmentation de l’allergénicité des pollens, causée par les polluants. En effet, les particules fines peuvent transporter le pollen et irriter les voies respiratoires. L’ozone, quant à lui, peut entraîner des modifications des grains de pollen et en augmenter le caractère allergisant. Plus irrités par une présence accrue des pollens, les poumons seront d’autant plus sensibles aux particules fines et aux polluants.
Parallèlement, un phénomène spécifique, les « asthmes d’orage », survient lorsque l’humidité et l’électricité fragmentent les pollens, permettant leur pénétration profonde dans les voies respiratoires et déclenchant des crises sévères. Face à l’augmentation des phénomènes météorologiques violents, ces crises seront amenées à s’accentuer, en récurrence et en intensité parmi la population.
Quel est le coût économique et social de ces dérèglements ?
Au-delà de l’impact majeur sur la pollution de l’air et la santé du vivant, le dérèglement climatique pèse notablement sur la productivité et la santé au travail. En 2024, 90 millions d’heures de travail n’auront pas été effectuées en France à cause des vagues de chaleur et de leurs conséquences sur la santé. La baisse de vigilance due à la chaleur augmente aussi les accidents, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’agriculture, mais aussi de la restauration. Les personnels soignants sont également concernés, avec des impacts d’autant plus importants que le système de soins est saturé, surtout en période de crise.
Selon une analyse de l’OCDE portant sur 23 pays à ”l’économie avancée”, 10 jours supplémentaires de températures supérieures à 35° au cours d’une année réduisent de 0,3 % en moyenne la productivité annuelle du travail des entreprises.
Les événements extrêmes perturbent aussi la production agricole. Leur augmentation a déjà des impacts réels sur la production agricole (inondations, chaleur précoce suivie de gel tardif, sécheresse, orages violents).
La pollution à l’ozone impacte aussi les rendements agricoles : elle est responsable de pertes de production pouvant aller jusqu’à 20 % pour le blé en France. Elle freine aussi la croissance des arbres, avec des effets néfastes pour la biodiversité.
Un cercle vicieux climatique
Les feux de forêts engendrent des pollutions qui aggravent le réchauffement climatique, qui, lui-même, favorise les feux de forêt !
- D’une part, la combustion libère massivement dans l’air du carbone (CO2) précédemment stocké par la végétation. Ce CO2 est un gaz à effet de serre, qui favorise le réchauffement climatique.
- De plus, ces incendies émettent d’énormes quantités de suie (carbone noir) qui aggravent le réchauffement en absorbant directement la chaleur solaire dans l’atmosphère. Ces suies accélèrent notamment la fonte des glaces lorsqu’elles s’y déposent.
Agir pour le climat : le meilleur investissement pour notre santé
Lutter contre le changement climatique apporte des co-bénéfices majeurs pour la qualité de l’air et pour la santé.
En effet, ce qui est néfaste pour le climat l’est aussi pour la santé : 75 à 80 % des causes du changement climatique ont pour source la combustion d’énergies fossiles, qui sont aussi des sources de pollutions délétères pour la santé.
En France, l’action pour la neutralité carbone pourrait éviter au moins 4 milliards d’euros de dommages sanitaires et 2,5 milliards d’euros de dépenses de dépollution. Ainsi, 60 % à 150 % du coût de la transition écologique serait ainsi remboursé par les économies réalisées sur la santé, faisant de l’action climatique un investissement direct pour le bien-être collectif.
L’action en faveur de la décarbonation aura des effets bénéfiques sur la pollution de l’air et vice-versa ! Ainsi, d’ici 2030, ce sont des mesures spécifiques à mettre en œuvre contre la pollution de l’air (filtration, normes) qui auront l’effet positif le plus rapide. Entre 2030 à 2050, la mise en œuvre de la stratégie de neutralité carbone prendra le relais pour une amélioration durable de la qualité de l’air et de la santé.
Agir pour le climat c’est agir pour la qualité de l’air et vice-versa. Il est urgent d’accélérer la lutte contre le changement climatique et contre la pollution de l’air. C’est notre santé qui sera la principale bénéficiaire !

Aller plus loin
- Notre dossier pour lutter contre la pollution de l’air et les mesures à prendre
- Notre article pour qu’agriculture rime avec air pur


