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Feux de forêts : 5 idées pour penser l’après
Incendies, méga feux… dans les contextes de gestion de crise, il est tentant de se précipiter vers les solutions les plus visibles, celles qui donnent l’impression d’agir, ou de résoudre le problème. Cependant, c’est dans ces moments-là qu’il est crucial de penser l’après sereinement, en veillant à ce que les solutions que l’on met en place soient efficaces, et aussi bénéfiques que possible. Dans cet article, FNE propose 5 points de réflexion pour travailler à la bonne restauration des zones incendiées.
S’inspirer de la nature et accompagner la restauration naturelle
Le choc est grand lorsque nous voyons une parcelle de forêt incendiée. Cependant, il est important de ne pas se hâter vers la plantation, et d’observer les solutions qu’offre la nature. S’appuyer sur la résilience naturelle de nos forêts, cela consiste, entre autres, à favoriser :
- La régénération naturelle des parcelles incendiées, plutôt que la replantation. La plupart du temps, une forêt n’a pas besoin d’être intégralement replantée. La régénération naturelle consiste à laisser la forêt reprendre d’elle-même, et parfois l’accompagner avec quelques plantations pour assurer une diversité des arbres sur la parcelle
- La diversification des essences, et notamment favoriser la présence d’essences feuillues, moins inflammables que les résineux
- La présence de strates arbustives, c’est-à-dire, des arbres de tailles et d’âges différents, ou encore, réserver tout ou partie des parcelles en libre évolution, c’est-à-dire des forêts sans interventions humaines
Voir la vidéo : « Comment adapter nos forêts dans un climat qui bascule ? : témoignages »
Ces idées pratiques reposent sur ce qu’on appelle les « solutions fondées sur la nature », ou SFN, qui s’appuient sur les écosystèmes pour relever les défis que posent les changements climatiques à nos sociétés. En effet, les écosystèmes fonctionnels et accueillant une grande biodiversité sont plus résilients, et fournissent de nombreux services à nos sociétés.
Repenser nos pratiques
Le système des plantations monospécifiques (une seule essence d’arbre) et équiennes (arbres du même âge) est à interroger. Un exemple de ce type de massifs sont les vastes plantations homogènes de pins maritimes, qui sont très vulnérables aux incendies. De plus, cette pratique forestière « fige » l’évolution et les adaptations de ces écosystèmes face au changement climatique.
Au contraire, la sylviculture doit favoriser la création de ruptures, l’hétérogénéité des structures et des mosaïques d’écosystèmes, qui constituent les meilleures barrières naturelles à la propagation des incendies.
Développer une gestion durable des forêts
Après un incendie, il est le plus souvent préférable de laisser la forêt se régénérer naturellement. Cette option est plus efficace et moins coûteuse dans de nombreuses situations et permet notamment aux forêts de s’adapter progressivement aux changements climatiques. C’est pourquoi FNE préconise la régénération naturelle, ainsi que :
- la substitution progressive des plantations monospécifiques par des peuplements diversifiés
- le remplacement des forêts uniformes et prélevées par de la coupe rases par des forêts en futaie irrégulière, c’est-à-dire des forêts comprenant des arbres de différents âges et tailles, et dont les coupes sont sélectives.
À terme, ces types de sylviculture dite « mélangée à couvert continu » constituera une forêt moins vulnérable au feu.
Les paysages doivent également être diversifiés et pensés en mosaïque, les cultures et zones de pastoralisme pouvant servir de pare-feu. De même, nous encourageons à planter des haies et développer l’agroforesterie, pour maintenir un taux d’humidité dans l’air et dans les sols agricoles.
Un sinistre peut en amener un autre
Les feux de forêts ont un impact avéré sur la biodiversité, sur les sols, la qualité de l’air, l’écoulement, l’infiltration et la qualité de l’eau, notamment à cause de l’arrivée de « produits retardant » (produits chimiques pulvérisés par les canadairs pour retarder les départs de feu) dans les nappes phréatiques.
Plusieurs risques naturels peuvent ainsi venir se surajouter sur des terrains incendiés :
Adapter la planification forestière aux conséquences du changement climatique
Si 9 feux sur 10 sont d’origine humaine, le changement climatique provoque une intensification et une extension du risque incendie, c’est-à-dire que le risque incendie est étendu sur plusieurs mois de l’année et sur une zone géographique plus grande. La France pourrait ainsi voir jusqu’à 50 % de son territoire devenir vulnérable d’ici 2050.
La lutte contre les incendies de forêt est une priorité absolue, et des moyens suffisants doivent être alloués à la Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI). Il est également essentiel de faire évoluer notre gestion de la forêt. En France, divers documents de planification existent en matière forestière : programme national de la forêt et du bois, schémas régionaux de gestion sylvicole, plan simple de gestion, aménagements forestiers etc. Ces documents doivent être articulés avec les politiques de préservation de la biodiversité, telle que la stratégie nationale biodiversité ou le futur plan national de restauration de la nature.
La politique forestière de la forêt privée et publique
Par exemple, pour le Programme national de la forêt et du bois, qui fixe les orientations de la politique forestière de la forêt privée et publique, FNE recommande de fixer un objectif de développement de la sylviculture mélangée à couvert continu, ainsi qu’un objectif de gestion de 10 % du territoire national en libre évolution. Cela permettrait de remplir l’objectif de la Stratégie nationale biodiversité 2030, tout en participant à une diversité d’habitats dans des territoires, gages de moins d’inflammabilité et de combustibilité.
Les stratégies aires protégées
De même, dans les différentes aires protégées, notamment dans les zones Natura 2000, il est devenu nécessaire d’adapter les documents d’objectifs, qui sont les plans de gestion et d’orientation stratégique des sites Natura 2000, afin de tenir compte de l’évolution des risques. Pour cela, les gestionnaires ont besoin de moyens financiers et humains supplémentaires, afin de modifier les plans de gestion et les documents d’objectifs de ces espaces, pour les mettre à jour et y inclure un volet risques naturels, dans une logique d’adaptation au changement climatique.
Financer aujourd’hui pour récolter demain
L’émotion suscitée par les feux de forêts en 2026 a été vive, et a permis de récolter, notamment pour la forêt de Fontainebleau, plus d’un million d’euros. Cette somme exceptionnelle, à laquelle s’ajoutent d’autres cagnottes, pour les incendies de Gironde et des Landes (environ 500 000€), ne peuvent être perçues comme une réponse suffisante. Il existe un véritable enjeu autour de la sécurisation des financements liés à la restauration des forêts sinistrées et la pérennisation, voire la création des nouveaux dispositifs.
Des études qui montre les bénéfices de la protection de l’environnement
À cette nécessaire pérennisation s’ajoute l’urgence d’investir dès à présent dans l’adaptation. En septembre 2026, l’ONU indiquait qu’« agir simultanément contre la pollution de l’air et le changement climatique pourrait […] générer jusqu’à 15 dollars de bénéfices pour chaque dollar investi, selon une nouvelle évaluation soutenue par l’ONU ». Ce constat est le même concernant l’investissement dans la préservation et la restauration de la nature. La biologiste Tatiana Giraud constate que « pour 1 euro investi dans la biodiversité, nous en récupérons 8 » et rappelle également cette urgence d’allouer les dépenses publiques au bon endroit, en réorientant notamment les subventions aux élevages intensifs vers l’agriculture biologique. Cet exemple est tout à fait transposable aux forêts en conditionnant les aides publiques à une gestion réellement durable des forêts, notamment par la conservation d’un couvert continu.
Des dispositifs dont il faut s’inspirer
D’autres dispositifs de restauration des forêts existent déjà et ont prouvé leur efficacité, notamment le fonds Nature Impact, porté par le WWF, qui vise à financer les projets de propriétaires forestiers souhaitant agir en faveur de la biodiversité.
Pourtant, au-delà des initiatives privées, la restauration des forêts incendiées doit devenir une priorité pour l’État, ce qui nécessite d’y allouer les moyens nécessaires à une restauration durable des forêts.
Le rôle de l’État
Dans un rapport du Gouvernement au Parlement datant de 2025, le Gouvernement étudiait la mise en place d’un dispositif public de paiement pour services environnementaux forestiers, portant plus particulièrement sur des pratiques favorisant la préservation de la biodiversité et des sols forestiers, également favorables à la régulation du cycle de l’eau.
La création d’un tel dispositif inciterait les propriétaires à conserver les bois morts, gérer leurs forêts en libre évolution, restaurer les zones humides présentes sur leurs parcelles, se tourner vers la sylviculture mélangée sans coupe rase… Tous ces éléments permettraient à la fois d’assurer une bonne adaptation des forêts et de restaurer les parcelles incendiées, conformément aux objectifs du plan national de restauration de la nature.
Il est important de rappeler ici que la restauration de la forêt s’inscrit dans le temps long, les financements pourraient par exemple être sécurisés pour une dizaine d’année par projets soutenus.
Permettre aux citoyen·nes et aux collectivités d’agir
Les évènements de cet été ont mis en lumière la volonté des citoyens et citoyennes d’aider les services de secours. Cependant, cette forte demande de volontariat peut rapidement se transformer en surcharge de travail pour les services sollicités, surtout en situation de crise. Le centre d’hébergement d’urgence situé au parc exposition de Bordeaux demandait notamment aux bénévoles de ne plus se présenter spontanément et de s’inscrire sur une liste afin d’être contacté·es en cas de besoin.
Il est important d’organiser cette main d’œuvre bénévole disponible. Plusieurs dispositifs existent déjà, notamment les comités communaux feux de forêts, dans le sud-est. Il s’agit de groupes de bénévoles actifs dans le sud-est de la France, reconnus et salués pour leur surveillance des massifs en période de risque. Ils font partie intégrante du dispositif départemental de prévention et d’aide aux services de lutte contre les incendies.
Les réserves communales de sécurité civile nous apparaissent également comme une piste appropriée et pertinente pour gérer cet afflux de solidarité. Ces réserves permettent de former les bénévoles, d’aider les élu·es et les populations en cas de crise et de sensibiliser les collectivités et populations aux différents risques.
Leurs missions en cas d’incendie de grande ampleur, tels que ceux de cet été, pourraient inclure la surveillance avec information du public, la « garde au feu », la logistique au profit des sapeurs-pompiers, notamment l’accueil de renforts venus d’ailleurs, des personnes déplacées et des soins aux animaux domestiques en lien avec les centres de sauvetage de la faune sauvage.
