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Les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) : le vrai du faux
Chaque année en France, plus d’un million d’animaux sauvages sont tués en toute légalité au motif qu’elles sont susceptibles d’occasionner des dégâts. Cette réglementation repose uniquement sur une vision à charge, sans mettre en balance les avantages et les inconvénients de la destruction de ces animaux, ni tenir compte de leur utilité dans le fonctionnement des écosystèmes. Des études récentes démontrent pourtant l’absurdité d’un tel acharnement. On démêle pour vous le vrai du faux.
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Les ESOD peuvent être tuées en-dehors de la période d’ouverture de la chasse ?
Vrai✅
Toutes les ESOD sont des espèces chassables : elles peuvent donc être chassées durant l’ouverture générale de la chasse, de septembre à fin février. Le statut ESOD autorise, de plus, à les piéger et à les tuer après la fermeture de la chasse. Comme il ne s’agit pas de chasse, on parle de « destruction » pour ces actes de tir, de piégeage ou de déterrage.
Les modalités de destruction diffèrent selon les espèces, elles sont précisées par l’arrêté ministériel correspondant. Par exemple, le renard peut être piégé et déterré toute l’année et en tout lieu. Il peut être détruit par tir en tout lieu jusqu’au 31 mars, et au-delà du 31 mars sur les terrains consacrés à l’élevage avicole.
La destruction à tir est effectuée par des chasseurs ayant validé leur permis de chasse. La pose de pièges est réservée aux personnes possédant un agrément de piégeage, sauf pour les pièges de catégorie 1 (pièges-cages) qui ne nécessitent pas d’agrément.

Le classement des ESOD est une procédure équilibrée, basée sur la science ?
Faux ❌
La réglementation prévoit 4 motifs de classement d’une espèce comme ESOD :
- dans l’intérêt de la santé et de la sécurité publique
- pour assurer la protection de la flore et de la faune
- pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles
- pour prévenir les dommages importants à d’autres formes de propriété (sauf pour les espèces d’oiseaux)
Cependant, la procédure de classement fonctionne uniquement à charge : dès lors qu’une espèce cause des dégâts dans un département, elle peut être classée ESOD.
L’administration ne prend pas en compte les bénéfices apportés par cette espèce (consommation de campagnols par le renard, dispersion de graines par le geai…) et ne met pas en balance les avantages et les inconvénients de sa destruction. Il n’y a pas non plus d’évaluation des effets de cette politique publique :
- Les destructions ont-elles été utiles pour réduire les dégâts ?
- Pourrait-on remplacer les destructions par des méthodes non létales ?
Or, des études récentes indiquent que les destructions ne réduisent pas les dégâts et que des méthodes alternatives sont plus efficaces pour prévenir les dégâts (voir les questions suivantes). Un rapport officiel de l’Inspection Générale de l’Environnement, rendu en décembre 2024, déplore cette absence d’évaluation : « l’efficacité et l’efficience du dispositif ne sont pas suffisamment objectivement documentées, en particulier s’agissant de la mise en regard du coût global de cette politique et du montant des dommages déclarés ».
Il est prouvé que détruire les ESOD fait diminuer les dégâts ?
Faux ❌
Aussi curieux que cela puisse paraître, il n’existe pas de preuve que les destructions des ESOD soient efficaces pour réduire les dommages. Le classement ESOD est reconduit année après année, sans preuve de son utilité !
Pour étudier cette question, des chercheurs du Muséum National d’Histoire Naturelle ont analysé les données officielles de l’administration (les montants de dégâts et le nombre d’animaux tués) pour chaque espèce du groupe 2 et chaque département français, de 2015 à 2022.
Leurs conclusions, publiées en 2026 dans une revue scientifique internationale, sont sans appel : ils n’ont trouvé aucun lien entre le nombre d’animaux tués durant une année donnée et les dégâts de l’année suivante.
Tuer plus d’animaux ne fait pas baisser les pertes économiques et inversement, tuer moins d’animaux ne fait pas augmenter ces pertes. Il n’existe donc pas de preuve que ces destructions massives apportent des bénéfices économiques ou écologiques. En conclusion, les scientifiques appellent à porter les efforts sur la prévention et la réduction des dommages avec des méthodes non létales.
Avant cette étude, d’autres travaux menés en France et à l’étranger aboutissaient à des conclusions similaires.
La destruction des ESOD permet de réguler les populations
Faux ❌
C’est l’argument employé par les partisans de la destruction : celle-ci serait une simple « régulation », permettant de maintenir les populations d’animaux à un niveau suffisamment bas pour limiter l’impact des dommages.
Cependant, là non plus, il n’existe pas de preuve de l’efficacité de ces destructions pour « réguler » une espèce. L’étude du Muséum (voir question précédente) tend à démontrer le contraire : en comparant le nombre d’oiseaux tués et les effectifs reproducteurs au printemps, espèce par espèce, les chercheurs constatent que la « régulation » des ESOD ne fait pas baisser la taille des populations.
Cette conclusion rejoint celles d’autres études plus anciennes, portant notamment sur les renards et les corvidés.
Les ESOD sont une menace pour les espèces gibier ?
Faux ❌
Pour les chasseurs, l’affaire est entendue : les prédateurs s’en prennent à « leurs » espèces gibier et doivent donc être « régulés » pour sauver les lapins et les perdrix. Cette affirmation, qui est en contradiction avec les constats scientifiques, repose sur une profonde méconnaissance des relations entre proies et prédateurs.
Dans la nature, le prédateur dépend de ses proies : il ne peut pas les faire disparaître, sauf à se condamner lui-même. De plus, les ESOD sont des prédateurs généralistes qui consomment en priorité les proies les plus abondantes.
Par exemple, le renard consomme essentiellement des micromammifères (campagnols, mulots) et sa prédation sur les espèces gibier est marginale. Quant à la prédation sur les animaux lâchés pour la chasse, comme les faisans, elle est inévitable car ces animaux, issus d’élevages, n’ont acquis aucun comportement anti-prédateurs.
Il est vrai que la petite faune de plaine a subi une très forte régression ces dernières décennies. Mais la raison de ce déclin est à rechercher dans les pratiques agricoles modernes, avec le remembrement, l’intensification et l’emploi massif de pesticides. Les prédateurs ne doivent pas servir de bouc émissaire alors qu’ils n’ont pas de responsabilité dans la disparition de la petite faune.
Le classement ESOD n’existe qu’en France ?
Vrai✅
Le statut juridique d’ESOD est propre à la réglementation française, il n’a pas d’équivalent ailleurs. Aucun pays ne retient le principe d’une destruction systématique d’une espèce en prévention des dégâts qu’elle pourrait occasionner, ou même en cas de dégâts.
C’est la conclusion d’un rapport officiel de l’Inspection Générale de l’Environnement, rendu en décembre 2024, qui a étudié et comparé la réglementation de cinq pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Pologne), plus le Royaume-Uni et les USA. Ce rapport souligne que le statut d’ESOD n’est fondé sur aucune obligation européenne spécifique et s’apparente à une surtransposition de la réglementation communautaire. Il estime que « l’action correctrice devrait en priorité concerner le ou les individus responsables du préjudice et non entraîner la destruction sans discernement de toute la population de renard ou de belette se trouvant à proximité du dégât causé ».
Dans les autres pays, la gestion des dommages repose en premier lieu sur des mesures de protection. Si celles-ci s’avéraient insuffisantes, l’éloignement et l’indemnisation (sur la base d’un constat effectuée par un expert) viennent en second lieu. En dernier recours, et au cas par cas, la mise à mort est employée, sous certaines conditions.
Le rapport pointe aussi une absurdité de la réglementation française : c’est la seule qui considère que la prédation d’une espèce sauvage sur une espèce gibier constitue un « dégât ». Les autres pays ne considèrent comme un dommage que le préjudice à des intérêts individuels, agricoles ou sylvicoles.
Les ESOD sont des animaux utiles ?
Vrai✅
Les espèces indigènes participent au bon fonctionnement des écosystèmes naturels, elles y ont toute leur place. Certaines jouent aussi un rôle « utile », du point de vue des activités humaines.
Il existe des méthodes efficaces de protection et de prévention des dégâts ?
Vrai✅
Les méthodes de protection et de prévention des dégâts sont assez simples à mettre en place et toujours préférables à la destruction : en effet, l’animal détruit sera remplacé par un autre, et le cercle dégât-destruction peut se répéter indéfiniment.
Le public n’a pas son mot à dire sur le classement des ESOD ?
Faux ❌
Le projet d’arrêté triennal établissant la liste des ESOD, département par département, est soumis à la consultation du public durant vingt-et-un jours avant sa publication. Chacun·e peut donc donner son avis en allant sur le site des consultations du ministère de la transition écologique et en déposant ses commentaires. Cette consultation a lieu tous les trois ans (2023, 2026, etc.), généralement au mois de juin puisque le nouvel arrêté entre en vigueur le 1er juillet. Pour vous aider, FNE rend disponible sur son site web une analyse du projet d’arrêté et un argumentaire. N’hésitez pas à participer avant le 30 juillet 2026 !
Plus d’information sur la consultation


