photo d'une fleur jaune qui a poussé sur un sol craquelé
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Sécheresse : comprendre, anticiper, s’adapter

Publié le 24 juillet 2026

En France, les épisodes de sécheresse se multiplient, et tendent à devenir une nouvelle réalité. Les projections pour les décennies à venir sont claires : avec le changement climatique, elles seront plus fréquentes, plus intenses et souvent plus longues. Chaque année, des territoires toujours plus nombreux font face à des restrictions des usages de l’eau, révélant la fragilité de notre modèle de gestion de cette ressource essentielle.  

Qu’est-ce qu’une sécheresse ? Pourquoi ces épisodes se répètent-ils avec une telle intensité ? Et surtout, quelles solutions existent pour mieux prévenir ces crises et s’y adapter ? Dans ce dossier, nous faisons le point sur ces phénomènes, les raisons de leur aggravation et les actions à mettre en œuvre pour préserver durablement l’eau.

Sécheresses : de quoi parle-t-on ?

La sécheresse, c’est une question d’eau. Quand on parle de sécheresse, on distingue :  

  • La sécheresse météorologique : “il ne pleut pas”, un déficit de précipitations prolongé affecte un territoire
  • La sécheresse agronomique : “les sols sont secs”, le manque d’eau affecte le développement de la végétation 
  • La sécheresse hydrologique : “il n’y a plus d’eau dans les rivières”, les niveaux des nappes souterraines et le débit des cours d’eau diminuent ; les milieux aquatiques sont impactés et leur fonctionnement naturel est perturbé.  

On associe souvent la sécheresse à la chaleur. Cependant, une sécheresse n’est pas nécessairement synonyme de canicule, et une canicule n’est pas nécessairement synonyme de sécheresse. Toutefois ces deux phénomènes se cumulent souvent, et s’amplifient mutuellement. En effet, au-delà du manque de précipitations, une augmentation des températures entraîne un assèchement de l’air en surface et un accroissement de l’évaporation des sols et de la transpiration des plantes. 

Les écosystèmes sont normalement tout à fait capables de gérer ce type d’épisodes. Le problème, c’est que des décennies d’aménagements et de prélèvements les ont poussés au bout de leur capacité de résilience. Et les conséquences de ces choix se font douloureusement ressentir aujourd’hui. 

La recette des sécheresses à répétition 

Aménagements et mauvaise gestion des sols 

L’artificialisation des sols joue un rôle primordial dans les problèmes d’eau que nous rencontrons. Les sols des zones urbaines sont aujourd’hui largement imperméabilisés, ce qui empêche l’eau de s’infiltrer, et donc d’aller remplir les réserves souterraines. 

Il en va de même pour les sols agricoles, dont la surface agricole utile (SAU) occupe 52 % du territoire hexagonal : destruction de la structure des sols, destruction des zones humides et des haies qui permettaient l’infiltration de l’eau… Or, un sol vivant et en bon état comme une éponge, tandis qu’un sol en mauvais état laisse glisser l’eau sans la retenir : l’eau va gonfler les cours d’eau, provoquant parfois des inondations, et va rejoindre les océans sans avoir le temps de s’infiltrer.  Le mauvais état de nos sols a contribué à accélérer le cycle de l’eau, alors qu’il faudrait le ralentir. C’est pourquoi sécheresse et inondations sont les deux faces d’une même pièce !

Voir le dossier « Inondations : enjeux et solutions »

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Stocker l’eau ? La fausse bonne idée !

“Yaka stocker l’eau”, pourrait-on penser ? La nature fait cela très bien et gratuitement ! Pour peu qu’on lui en donne l’occasion. Au contraire, les retenues d’eau artificielles aggravent les sécheresses qu’elles sont censées combattre : en Espagne, une récente étude a montré que les bassins versants comportant le plus de barrages sont aussi ceux qui connaissent le plus de sécheresses. Par ailleurs, le stockage crée un cercle vicieux de surconsommation de l’eau.

Faut-il stocker l’eau pour résoudre la sécheresse ? Voir le dossier « Irrigation, le vrai-faux »

Notre système agricole consomme trop d’eau

Eau potable, sécurité incendie, tourisme, refroidissement des centrales nucléaires, industrie, agriculture, hydroélectricité… Pour toutes ces activités, nous utilisons de l’eau douce. La plupart d’entre elles restituent une grande partie de l’eau aux milieux, parfois après traitement, et de plus ou moins bonne qualité. À l’inverse, l’irrigation ne restitue pas l’eau, et le stockage de l’eau mène à des pertes de quantité (évaporation), et aussi de qualité (l’eau stockée chauffe, des algues se développent, etc.).  

Par ailleurs, l’irrigation de certaines cultures céréalières, comme le maïs, ponctionne une grande quantité d’eau au moment le plus critique : l’été. Tout cela relève de choix : certains modes de culture sont soutenus pour leur rendement, mais nous coutent très cher en eau.

Voir le dossier « Irrigation, le vrai-faux »

Si nous continuons à prélever plus que ce que les milieux ont la capacité de délivrer, à la fois pendant les hautes eaux, où les réserves se reconstituent, et dans la période de basses eaux (mai à novembre), où la ressource est en tension, les sécheresses seront inévitables. Et elles seront aggravées par l’absence de pluie. On estime qu’à l’horizon 2050, les débits moyens annuels pourraient diminuer de l’ordre de 10 % à 40 % et la vitesse de recharge des nappes de 10 à 25 %. L’évolution des ressources en eaux disponibles dépend donc du changement climatique, mais aussi, et pour beaucoup, des décisions politiques à venir. 

Quelles solutions pour s’adapter ?

Moins prélever, adapter les usages : l’indispensable sobriété

La sobriété est un impératif. Dans son étude prospective sur l’eau en 2050, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan indique que :

la situation hydrique devrait être amenée à se dégrader entre les horizons 2020 et 2050, non seulement en été, mais aussi en hiver, dans la très grande majorité de la France hexagonale. Il faut voir là l’effet combiné d’une diminution de la ressource en eau et d’une augmentation de la demande en prélèvements et surtout en consommations. Ces constats appellent à planifier dès aujourd’hui les transformations des pratiques qui permettront de limiter les pressions sur les écosystèmes et les conflits entre les différents usages de l’eau

De son côté, la Cour des Comptes exprime dans la conclusion de son rapport sur la gestion quantitative de l’eau de 2023 que : 

“[…] la réduction des prélèvements apparaît comme l’unique solution à même de résoudre à court terme le problème fondamental du déséquilibre entre la disponibilité de la ressource et le niveau de ces prélèvements

Rétablir l’équilibre en restaurant les écosystèmes 

S’adapter aux sécheresse passe par la restauration des écosystèmes, afin qu’ils retrouvent leurs fonctionnalités naturelles. De nombreuses solutions existent : 

  • Protéger et restaurer les milieux qui stockent naturellement l’eau, notamment les zones humides (mares, tourbières, végétation des rives…), qui fonctionnent comme des éponges naturelles. Elles stockent l’eau, atténuant les inondations, et la restituent aux milieux en cas de sécheresse. Elles constituent aussi des points d’infiltration de l’eau vers les nappes souterraines, et s’avèrent très bénéfique pour la biodiversité. 
  • Restaurer les cours d’eaux et leur fonctionnement naturels : des méandres pour ralentir les écoulements, de la végétation sur les rives (ripisylves) pour limiter le réchauffement de la rivière, des lits élargis pour améliorer les échanges avec les nappes souterraines… de nombreuses solutions existent pour favoriser les fonctionnements naturels des cours d’eaux.   
  • En zone urbaine, désartificialiser les sols et limiter les nouvelles artificialisations. Un sol perméable favorise l’infiltration des eaux, ce qui limite les inondations l’hiver et les sécheresses l’été. 
  • En zone agricole, replanter des haies, des arbres, des bosquets, redessiner les champs en cassant les pentes, quand c’est possible, pour atténuer le ruissellement…  Outre la restauration de ces infrastructures naturelles, le passage à des techniques d’agroécologie favorisant les sols vivants est indispensable. Limiter ou supprimer le travail du sol, réduire les pesticides et les engrais de synthèse, se tourner vers des variétés et des pratiques agronomiques qui maximiseront la capacité des sols à stocker et infiltrer l’eau : l’agroécologie est une alliée face aux sécheresses !

Moins gaspiller et mieux partager l’eau

Lorsque l’eau vient à manquer et que les restrictions se mettent en place, la tension entre usages s’amplifie. Dans les régions où les seuils d’alertes sont dépassés chaque année, la gestion de crise devient la norme et révèle notre gros besoin d’adaptation. C’est pourquoi il est nécessaire de : 

  • Savoir où va l’eau : quel usage consomme quelle quantité, et sur quelle période ? Ces informations permettent de piloter plus finement et dans la transparence la ressource disponible, et d’objectiver les besoins et les efforts de chaque secteur. 
  • Développer toute l’année les mesures qui permettent de diminuer notre consommation d’eau : au moment de la crise, c’est déjà une pression de moins qui s’exerce sur la ressource.
  • Renforcer la communication, la pédagogie, mais aussi les contrôles et les éventuelles sanctions en matière de restriction d’eau. La Cour des Comptes relève que les infractions environnementales liées à l’eau sont finalement très rarement sanctionnées.  Or un Droit de l’›environnement efficace est un droit de l’environnement qui s’applique. 

 

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À retenir :

La répétition et l’intensité des sécheresses met en lumière l’inadaptation de nos usages, qui ne tiennent pas compte de l’état de nos ressources, du fonctionnement du cycle de l’eau et des connaissances scientifiques. Face à cette évolution, malheureusement durable, la sobriété, la remise en cause du modèle agricole et la préservation des écosystèmes s’imposent aujourd’hui comme les principales solutions de sortie de crise.

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