Il est prouvé que détruire les ESOD fait diminuer les dégâts ?
Faux ❌
Aussi curieux que cela puisse paraître, il n’existe pas de preuve que les destructions des ESOD soient efficaces pour réduire les dommages. Le classement ESOD est reconduit année après année, sans preuve de son utilité !
Pour étudier cette question, des chercheurs du Muséum National d’Histoire Naturelle ont analysé les données officielles de l’administration (les montants de dégâts et le nombre d’animaux tués) pour chaque espèce du groupe 2 et chaque département français, de 2015 à 2022.
Leurs conclusions, publiées en 2026 dans une revue scientifique internationale, sont sans appel : ils n’ont trouvé aucun lien entre le nombre d’animaux tués durant une année donnée et les dégâts de l’année suivante.
Tuer plus d’animaux ne fait pas baisser les pertes économiques et inversement, tuer moins d’animaux ne fait pas augmenter ces pertes. Il n’existe donc pas de preuve que ces destructions massives apportent des bénéfices économiques ou écologiques. En conclusion, les scientifiques appellent à porter les efforts sur la prévention et la réduction des dommages avec des méthodes non létales.
Avant cette étude, d’autres travaux menés en France et à l’étranger aboutissaient à des conclusions similaires.
La destruction des ESOD permet de réguler les populations
Faux ❌
C’est l’argument employé par les partisans de la destruction : celle-ci serait une simple « régulation », permettant de maintenir les populations d’animaux à un niveau suffisamment bas pour limiter l’impact des dommages.
Cependant, là non plus, il n’existe pas de preuve de l’efficacité de ces destructions pour « réguler » une espèce. L’étude du Muséum (voir question précédente) tend à démontrer le contraire : en comparant le nombre d’oiseaux tués et les effectifs reproducteurs au printemps, espèce par espèce, les chercheurs constatent que la « régulation » des ESOD ne fait pas baisser la taille des populations.
Cette conclusion rejoint celles d’autres études plus anciennes, portant notamment sur les renards et les corvidés.
Les ESOD sont une menace pour les espèces gibier ?
Faux ❌
Pour les chasseurs, l’affaire est entendue : les prédateurs s’en prennent à « leurs » espèces gibier et doivent donc être « régulés » pour sauver les lapins et les perdrix. Cette affirmation, qui est en contradiction avec les constats scientifiques, repose sur une profonde méconnaissance des relations entre proies et prédateurs.
Dans la nature, le prédateur dépend de ses proies : il ne peut pas les faire disparaître, sauf à se condamner lui-même. De plus, les ESOD sont des prédateurs généralistes qui consomment en priorité les proies les plus abondantes.
Par exemple, le renard consomme essentiellement des micromammifères (campagnols, mulots) et sa prédation sur les espèces gibier est marginale. Quant à la prédation sur les animaux lâchés pour la chasse, comme les faisans, elle est inévitable car ces animaux, issus d’élevages, n’ont acquis aucun comportement anti-prédateurs.
Il est vrai que la petite faune de plaine a subi une très forte régression ces dernières décennies. Mais la raison de ce déclin est à rechercher dans les pratiques agricoles modernes, avec le remembrement, l’intensification et l’emploi massif de pesticides. Les prédateurs ne doivent pas servir de bouc émissaire alors qu’ils n’ont pas de responsabilité dans la disparition de la petite faune.
Le classement ESOD n’existe qu’en France ?
Vrai✅
Le statut juridique d’ESOD est propre à la réglementation française, il n’a pas d’équivalent ailleurs. Aucun pays ne retient le principe d’une destruction systématique d’une espèce en prévention des dégâts qu’elle pourrait occasionner, ou même en cas de dégâts.
C’est la conclusion d’un rapport officiel de l’Inspection Générale de l’Environnement, rendu en décembre 2024, qui a étudié et comparé la réglementation de cinq pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Pologne), plus le Royaume-Uni et les USA. Ce rapport souligne que le statut d’ESOD n’est fondé sur aucune obligation européenne spécifique et s’apparente à une surtransposition de la réglementation communautaire. Il estime que « l’action correctrice devrait en priorité concerner le ou les individus responsables du préjudice et non entraîner la destruction sans discernement de toute la population de renard ou de belette se trouvant à proximité du dégât causé ».
Dans les autres pays, la gestion des dommages repose en premier lieu sur des mesures de protection. Si celles-ci s’avéraient insuffisantes, l’éloignement et l’indemnisation (sur la base d’un constat effectuée par un expert) viennent en second lieu. En dernier recours, et au cas par cas, la mise à mort est employée, sous certaines conditions.
Le rapport pointe aussi une absurdité de la réglementation française : c’est la seule qui considère que la prédation d’une espèce sauvage sur une espèce gibier constitue un « dégât ». Les autres pays ne considèrent comme un dommage que le préjudice à des intérêts individuels, agricoles ou sylvicoles.
Les ESOD sont des animaux utiles ?
Vrai✅
Les espèces indigènes participent au bon fonctionnement des écosystèmes naturels, elles y ont toute leur place. Certaines jouent aussi un rôle « utile », du point de vue des activités humaines.