Simplifier la vie des industriels, et simplifier la mort de la nature (et la nôtre)
Depuis le renouvellement du Parlement et de la Commission européenne à l’été 2024, l’Union européenne s’est lancée dans un grand chantier de “simplification” dont le vrai sens est vite devenu “dérégulation environnementale”. Dans l’optique de faire économiser aux entreprises 6.3 Mds€/an, et 37.5 Mds€/an en charges administratives, la Commission coupe dans tous les textes forts de la mandature précédente, et le Parlement vote ces modifications, aux dépends de notre santé, de notre environnement, et de la crédibilité politique de l’Union européenne sur la scène internationale. Cette simplification se fait par le biais d’objets législatifs techniques mais désormais redoutés : les « paquets omnibus ».

Embouteillage d’omnibus
Un « omnibus européen », ou « paquet omnibus » est un texte qui regroupe des modifications de plusieurs textes existants. En à peine deux ans, il y a eu au moins une dizaine de paquets omnibus. Parmi ceux-ci, nous avons vu passer :
- Omnibus 1 & 2 : report de la mise en œuvre et affaiblissement du devoir de rapportage et du devoir de vigilance pour les entreprises et leurs chaînes d’approvisionnement. On ferme les yeux sur la protection de la santé, des droits sociaux, et des écosystèmes dans nos chaînes d’approvisionnements en UE et à l’international.
- Omnibus 3 : on “simplifie” les politiques agricoles de l’UE en réduisant considérablement les critères environnementaux de la PAC. Au lieu de soutenir les paysans dans leurs activités agroécologiques, on supprime la protection des zones humides et autres écosystèmes indispensables à la résilience climatique et au maintien de la biodiversité, dont dépend directement l’agriculture.
Et au cœur de l’actualité, se joue aujourd’hui une bataille sur l’omnibus VIII sur l’environnement, et l’omnibus X, sur la sécurité alimentaire.
Omnibus VIII sur l’environnement : accélérer les permis pour raser les écosystèmes plus rapidement
Ce paquet législatif, proposé en décembre 2025, vise à simplifier les procédures pour les industriels qui souhaitent mener des projets dans nos territoires. Au cœur de l’omnibus : un règlement « visant à accélérer les évaluations environnementales ». Sous un affichage purement technique et administratif, le texte attaque les règles qui permettent aujourd’hui de mener des projets acceptés par les populations et cohérents avec les enjeux sociaux ou environnementaux des territoires qui les accueillent.
De beaux cadeaux pour les projets d’aménagement
Les lobbys industriels ont osé tout demander, et ils ont tout obtenu ! Notamment :
- des procédures accélérées pour les “secteurs stratégiques” (par exemple : les datacenters pour l’IA, les aéroports, les autoroutes, les usines…)
- des approbations tacites
- la facilitation de la destruction d’espèces protégées
- la réduction de la qualité des débats et de l’information du public
- la restriction de l’accès à la justice pour contrer des projets vraisemblablement illégaux, ce qui est contraire à la Constitution française
Paradoxalement, ces propositions constituent autant des risques pour la nature et les humains, que pour les industriels eux-mêmes. En voulant trop accélérer et survoler des procédures importantes, qui permettent de s’assurer de la légalité des projets et de l’acceptation du public, l’administration et les lobbys s’exposeront à bien plus de plaintes. Là encore, les forces politiques majoritaires à la Commission et au Parlement risquent de provoquer des coûts immenses pour l’ensemble de la société et de la nature, sous prétexte d’aider la compétitivité.
L’omnibus environnement s’inscrit dans un contexte plus global, au niveau européen, dans lequel les forces politiques de droite et d’extrême-droite tentent de pousser un narratif qui méprise la nature et qui met le profit économique au-dessus de tout. L’UE a déjà dans ses tiroirs des projets de dérégulation des Directives les plus importantes et les plus anciennes pour la protection de la nature : les Directives Habitats, Oiseaux, et la Directive-Cadre sur l’Eau.
Omnibus X sur la sécurité alimentaire : l’assurance de manger et de boire encore plus de pesticides
L’Union Européenne se prépare à voter l’omnibus sur la « sécurité alimentaire », autrement appelé “omnibus pesticides”. Qu’il s’agisse de la Commission Européenne ou du Conseil de l’Europe, les mesures proposées, si elles étaient adoptées, seraient dévastatrices pour notre environnement et notre santé.

Un boulevard pour les pesticides les plus mortifères
Parmi les nombreuses régressions proposées, les durées d’autorisation d’utilisation des pesticides pourraient devenir illimitées. Aujourd’hui, elles sont de 10 ou 15 ans. Au-delà de ce délai, les industriels doivent déposer une nouvelle demande d’autorisation, assortie de nouvelles études, dont l’évaluation de la toxicité de la substance. Ces réévaluations périodiques, avec toutes les failles qu’elles comportent, ont néanmoins permis d’écarter du marché européen le chlorpyrifos, le chlorothalonil et le mancozèbe pour leurs impacts inacceptables pour l’environnement ou l’être humain.
Et si la Commission ouvre déjà la porte à de telles régressions de nombreux élus au Parlement européen tentent aujourd’hui de faire bien pire.
Les eurodéputé·es au service des industries de la chimie
Les amendements proposés par le Parlement européen au texte de la Commission livrent nos territoires à une exposition massive aux pesticides les plus dangereux. En effet, ces amendements suppriment la capacité de chaque État membre à interdire sur son territoire les produits les plus nocifs. Comment ? En prévoyant, par exemple, des dérogations de longue durée pour des substances déjà interdites.
La communauté scientifique ne cesse pourtant d’alerter sur les atteintes irréversibles des pesticides à la biodiversité, ainsi que leur rôle dans l’augmentation de nombreuses pathologies, notamment certains cancers et maladies neurodégénératives.
Malgré des marges de progrès certaines, la réglementation actuelle protège en partie notre santé et notre environnement. Or, ce texte s’attaque à tous les garde-fous actuellement en place pour protéger la santé et l’environnement des effets des pesticides.
La destruction des directives « nature »
En 2016, l’Union européenne avait soumis les directives “nature”, c’est dire les Directives Habitats et Oiseaux, et la Directive-Cadre sur l’Eau, à une évaluation dont les conclusions étaient qu’elles étaient tout à fait adaptées mais qu’il fallait renforcer leur mise en œuvre. Dix ans plus tard, l’UE revient avec une proposition similaire : un “stress-test” pour évaluer ces directives au regard des enjeux de compétitivité économique.
Sans même attendre les résultats de cette évaluation, l’omnibus environnement de la Commission attaque le régime de protection des espèces, et le Conseil envisage un déjeuner pour débattre de la balance entre protection de la nature et compétitivité. En toute ignorance des réalités scientifiques et des attentes sociétales, l’Union européenne accélère donc encore sa course à la destruction du vivant.
Une bataille pour nos vies
Donnez une voix à la nature : pétition #HandsOffNature
Ne laissons-pas les lobbys gagner la bataille contre le vivant. France Nature Environnement et une très large coalition d’associations européennes ont lancé la campagne #HandsOffNature pour faire entendre la voix des citoyennes et citoyens en révolte pour la nature et pour l’humain. Rejoignez les 900 000 personnes ayant signé la pétition, sur sauvonslanature.fr.
Je signe la pétition
Marchez contre la course aux pesticides les 10 et 11 octobre
France Nature Environnement, appelle à un rassemblement massif les 10 et 11 octobre prochain, en amont du vote au Parlement européen, aux côtés d’une centaine d’organisations paysannes, syndicales, médicales et de santé environnementale, de collectifs de médecins, de victimes de pesticides, de scientifiques, de mutuelles.
Rejoignez-nous et exprimons ensemble :
- notre refus d’une exposition toujours plus massive aux pesticides
- notre volonté de protéger la santé humaine et les écosystèmes
- notre détermination pour un modèle agroalimentaire capable de nous nourrir en respectant les populations, les travailleurs et travailleuses, et les écosystèmes
Votre implication est essentielle pour inverser le rapport de force, et pousser les eurodéputé·es à voter contre ce texte !
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