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Tous les rapports sur l’état de la nature en Europe sont clairs : les activités humaines continuent de provoquer l’effondrement des écosystèmes dont nous avons besoin pour vivre. Pourtant, nos gouvernements et une partie de nos représentant·es au Parlement européen s’acharnent à détruire le peu de réglementation environnementale dont nous disposons, pour favoriser les profits immédiats des lobbys industriels au détriment de notre santé et de nos moyens de subsistances. Mobilisez-vous avec nous, pour sauver l’humain et la nature !

L’Europe brûle et s’empoisonne, et elle regarde ailleurs

Nos systèmes de production et de consommation, notamment l’agriculture et la sylviculture intensives, provoquent le déclin de la biodiversité dans tous les écosystèmes terrestres, aquatiques et marins de l’Union européenne. Ces activités provoquent pollutions, destruction d’espèces, et changements d’affectation des terres. Les pressions sur la nature sont telles que sa dégradation met aujourd’hui en danger nos modes de vie et nos systèmes de productions les plus fondamentaux : sécurité alimentaire et approvisionnement en eau, fourniture de matériaux et d’énergie, etc.

80 % des habitats protégés sont en mauvais état, et 60 à 70 % des sols sont dégradés. Les ressources en eau sont polluées, et nos corps contaminés par des polluants éternels. Dans le même temps, nous maintenons une consommation matérielle moyenne par habitant insoutenable, bien plus élevée que dans le reste du monde. Ajoutez à cela que l’Europe est le continent qui subit la plus rapide hausse de températures liée au changement climatique, menaçant directement notre sécurité, notre santé, nos écosystèmes, nos infrastructures et notre économie.

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Un coût économique bien plus lourd qu’il n’y parait

Dans l’UE, près de ¾ des entreprises dépendent fortement des biens et services rendus par les écosystèmes, et les ¾ des prêts bancaires sont consentis à des entreprises qui ont cette dépendance. L’effondrement de la biodiversité, causé par nos activités, met en péril d’effondrement notre système économique et financier.

Aujourd’hui, nous observons déjà les coûts sanitaires et environnementaux de notre inaction et des décisions prises. Rien que la mauvaise application du droit environnemental en UE coûte près de 180 Mds€/an :

  • pertes de productivité
  • impacts sanitaires et frais de santé
  • coûts de dépollution
  • réparations des catastrophes environnementales

Ces 180 milliards par an, ce sont des coûts répercutés sur les acteurs qui portent les finances de l’UE : les citoyennes et citoyens.

Malgré tout cela, la Commission européenne, nos gouvernements, et une majeure partie de nos eurodéputé·es favorisent les intérêts de lobbys, et détruisent les fondations de l’ambition environnementale de l’UE. Pourtant, les bienfaits de la compétitivité économique qu’ils défendent sont minuscules, comparativement aux coûts collectifs que nous subissons.

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Terre craquellée, sécheresse avec drapeau européen
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Simplifier la vie des industriels, et simplifier la mort de la nature (et la nôtre)

Depuis le renouvellement du Parlement et de la Commission européenne à l’été 2024, l’Union européenne s’est lancée dans un grand chantier de “simplification” dont le vrai sens est vite devenu “dérégulation environnementale”.  Dans l’optique de faire économiser aux entreprises 6.3 Mds€/an, et 37.5 Mds€/an en charges administratives, la Commission coupe dans tous les textes forts de la mandature précédente, et le Parlement vote ces modifications, aux dépends de notre santé, de notre environnement, et de la crédibilité politique de l’Union européenne sur la scène internationale. Cette simplification se fait par le biais d’objets législatifs techniques mais désormais redoutés : les « paquets omnibus ».

Simplification ? Mon oeil ! : demandez le rapport

Embouteillage d’omnibus

Un « omnibus européen », ou « paquet omnibus » est un texte qui regroupe des modifications de plusieurs textes existants. En à peine deux ans, il y a eu au moins une dizaine de paquets omnibus. Parmi ceux-ci, nous avons vu passer :

  • Omnibus 1 & 2 : report de la mise en œuvre et affaiblissement du devoir de rapportage et du devoir de vigilance pour les entreprises et leurs chaînes d’approvisionnement. On ferme les yeux sur la protection de la santé, des droits sociaux, et des écosystèmes dans nos chaînes d’approvisionnements en UE et à l’international.
  • Omnibus 3 : on “simplifie” les politiques agricoles de l’UE en réduisant considérablement les critères environnementaux de la PAC. Au lieu de soutenir les paysans dans leurs activités agroécologiques, on supprime la protection des zones humides et autres écosystèmes indispensables à la résilience climatique et au maintien de la biodiversité, dont dépend directement l’agriculture.

Et au cœur de l’actualité, se joue aujourd’hui une bataille sur l’omnibus VIII sur l’environnement, et l’omnibus X, sur la sécurité alimentaire.

Omnibus VIII sur l’environnement : accélérer les permis pour raser les écosystèmes plus rapidement

Ce paquet législatif, proposé en décembre 2025, vise à simplifier les procédures pour les industriels qui souhaitent mener des projets dans nos territoires. Au cœur de l’omnibus : un règlement « visant à accélérer les évaluations environnementales ». Sous un affichage purement technique et administratif, le texte attaque les règles qui permettent aujourd’hui de mener des projets acceptés par les populations et cohérents avec les enjeux sociaux ou environnementaux des territoires qui les accueillent.

De beaux cadeaux pour les projets d’aménagement

Les lobbys industriels ont osé tout demander, et ils ont tout obtenu ! Notamment :

  • des procédures accélérées pour les “secteurs stratégiques” (par exemple : les datacenters pour l’IA, les aéroports, les autoroutes, les usines…)
  • des approbations tacites
  • la facilitation de la destruction d’espèces protégées
  • la réduction de la qualité des débats et de l’information du public
  • la restriction de l’accès à la justice pour contrer des projets vraisemblablement illégaux, ce qui est contraire à la Constitution française

Paradoxalement, ces propositions constituent autant des risques pour la nature et les humains, que pour les industriels eux-mêmes. En voulant trop accélérer et survoler des procédures importantes, qui permettent de s’assurer de la légalité des projets et de l’acceptation du public, l’administration et les lobbys s’exposeront à bien plus de plaintes. Là encore, les forces politiques majoritaires à la Commission et au Parlement risquent de provoquer des coûts immenses pour l’ensemble de la société et de la nature, sous prétexte d’aider la compétitivité.

L’omnibus environnement s’inscrit dans un contexte plus global, au niveau européen, dans lequel les forces politiques de droite et d’extrême-droite tentent de pousser un narratif qui méprise la nature et qui met le profit économique au-dessus de tout. L’UE a déjà dans ses tiroirs des projets de dérégulation des Directives les plus importantes et les plus anciennes pour la protection de la nature : les Directives Habitats, Oiseaux, et la Directive-Cadre sur l’Eau.

Omnibus X sur la sécurité alimentaire : l’assurance de manger et de boire encore plus de pesticides

L’Union Européenne se prépare à voter l’omnibus sur la « sécurité alimentaire », autrement appelé “omnibus pesticides”. Qu’il s’agisse de la Commission Européenne ou du Conseil de l’Europe, les mesures proposées, si elles étaient adoptées, seraient dévastatrices pour notre environnement et notre santé.

Cliquez ici pour retrouver notre dossier sur les pesticides

Un boulevard pour les pesticides les plus mortifères

Parmi les nombreuses régressions proposées, les durées d’autorisation d’utilisation des pesticides pourraient devenir illimitées. Aujourd’hui, elles sont de 10 ou 15 ans. Au-delà de ce délai, les industriels doivent déposer une nouvelle demande d’autorisation, assortie de nouvelles études, dont l’évaluation de la toxicité de la substance. Ces réévaluations périodiques, avec toutes les failles qu’elles comportent, ont néanmoins permis d’écarter du marché européen le chlorpyrifos, le chlorothalonil et le mancozèbe pour leurs impacts inacceptables pour l’environnement ou l’être humain.

Et si la Commission ouvre déjà la porte à de telles régressions de nombreux élus au Parlement européen tentent aujourd’hui de faire bien pire.

Les eurodéputé·es au service des industries de la chimie

Les amendements proposés par le Parlement européen au texte de la Commission livrent nos territoires à une exposition massive aux pesticides les plus dangereux. En effet, ces amendements suppriment la capacité de chaque État membre à interdire sur son territoire les produits les plus nocifs. Comment ? En prévoyant, par exemple, des dérogations de longue durée pour des substances déjà interdites.

La communauté scientifique ne cesse pourtant d’alerter sur les atteintes irréversibles des pesticides à la biodiversité, ainsi que leur rôle dans l’augmentation de nombreuses pathologies, notamment certains cancers et maladies neurodégénératives.

Malgré des marges de progrès certaines, la réglementation actuelle protège en partie notre santé et notre environnement. Or, ce texte s’attaque à tous les garde-fous actuellement en place pour protéger la santé et l’environnement des effets des pesticides.

La destruction des directives « nature »

En 2016, l’Union européenne avait soumis les directives “nature”, c’est dire les Directives Habitats et Oiseaux, et la Directive-Cadre sur l’Eau, à une évaluation dont les conclusions étaient qu’elles étaient tout à fait adaptées mais qu’il fallait renforcer leur mise en œuvre. Dix ans plus tard, l’UE revient avec une proposition similaire : un “stress-test” pour évaluer ces directives au regard des enjeux de compétitivité économique.

Sans même attendre les résultats de cette évaluation, l’omnibus environnement de la Commission attaque le régime de protection des espèces, et le Conseil envisage un déjeuner pour débattre de la balance entre protection de la nature et compétitivité. En toute ignorance des réalités scientifiques et des attentes sociétales, l’Union européenne accélère donc encore sa course à la destruction du vivant.

Une bataille pour nos vies

Donnez une voix à la nature : pétition #HandsOffNature

Ne laissons-pas les lobbys gagner la bataille contre le vivant. France Nature Environnement et une très large coalition d’associations européennes ont lancé la campagne #HandsOffNature pour faire entendre la voix des citoyennes et citoyens en révolte pour la nature et pour l’humain. Rejoignez les 900 000 personnes ayant signé la pétition, sur sauvonslanature.fr.

Je signe la pétition

Marchez contre la course aux pesticides les 10 et 11 octobre

France Nature Environnement, appelle à un rassemblement massif les 10 et 11 octobre prochain, en amont du vote au Parlement européen, aux côtés d’une centaine d’organisations paysannes, syndicales, médicales et de santé environnementale, de collectifs de médecins, de victimes de pesticides, de scientifiques, de mutuelles.

Rejoignez-nous et exprimons ensemble :

  • notre refus d’une exposition toujours plus massive aux pesticides
  • notre volonté de protéger la santé humaine et les écosystèmes
  • notre détermination pour un modèle agroalimentaire capable de nous nourrir en respectant les populations, les travailleurs et travailleuses, et les écosystèmes

Votre implication est essentielle pour inverser le rapport de force, et pousser les eurodéputé·es à voter contre ce texte !

Trouver une mobilisation près de chez moi

France Nature Environnement, Générations Futures, Notre Affaire À Tous et Women Engage for a Common Future (WECF) ont enjoint à la Commission Européenne une meilleure protection de la santé humaine et de l’environnement contre les risques posés par les substances chimiques.

La révision du règlement européen sur l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des produits chimiques (REACH) s’étant enlisée, la société civile demande la mise en place de protections immédiates par le biais d’une meilleure mise en œuvre et d’un meilleur contrôle de l’application de la réglementation : élimination progressive des principaux perturbateurs endocriniens, restriction complète des PFAS, etc.

Pour en savoir plus, consultez le courrier transmis le 14 septembre dernier à la Commission.

Photographie d'un bécher dans un laboratoire de chimie
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Chaque année, la France rencontre des canicules, de plus en plus fortes et fréquentes, des feux de forêts ou encore des phénomènes météorologiques violents. Ces épisodes mettent à mal notre santé. Le changement climatique agit déjà comme multiplicateur de ces phénomènes et des risques sanitaires qui en découlent. Ils ne se limitent pas aux vagues de chaleur, et interagissent fortement avec la pollution de l’air, créant des effets délétères pour la santé et les écosystèmes. Quel est le lien entre bouleversements climatiques et santé ?  On vous explique. 👇

Pourquoi les étés deviennent de plus en plus meurtriers ?

L’augmentation des températures entraîne une hausse de la mortalité et de la morbidité (c’est à dire du nombre de personnes malades dans la population), touchant particulièrement les seniors, les enfants et les personnes travaillant en extérieur. Les risques incluent des coups de chaleur, de la déshydratation et l’aggravation de pathologies chroniques (souvent cardio-vasculaires).

En 2016, l’OMS estimait que 24 % de la mortalité mondiale (soit près de 14 millions de décès par an) est liée à des facteurs environnementaux évitables, dont, en tout premier lieu, la pollution de l’air, responsable de la moitié d’entre eux, et certains effets du changement climatique, tels que les canicules, de plus en plus fortes et fréquentes, les feux de forêts ou encore les phénomènes météorologiques violents.

Des conséquences déjà observables en France

Les vagues de chaleur de l’été 2025 (le 3e été le plus chaud depuis 1900) ont causé 5 700 décès en France, avec une multiplication par 3 des passages aux urgences et par 6 des consultations médicales. Ceci signifie que la chaleur a causé 3 % de tous les décès de l’été 2025, avec un impact phénoménal durant les jours de canicule, où plus de 12 % des personnes décédées ces jours-là ont succombé aux effets de la chaleur.

Soleil et cancers de la peau

Le réchauffement climatique entraîne des températures plus élevées et des étés plus longs et, ainsi, une exposition accrue aux rayons UV, qui favorise l’augmentation des mélanomes cutanés. On observe qu’en France, le nombre de nouveaux cas a été multiplié par plus de 5 chez l’homme et plus de 3 chez la femme entre 1990 et 2023. Les mélanomes cutanés sont désormais l’un des 10 cancers les plus fréquents en France.

Un réel impact sur la santé mentale

La chaleur excessive impacte aussi le bien-être physique que mental, pouvant notamment engendrer une fatigue accrue, du stress, ou encore des troubles du sommeil. Elle perturbe la santé mentale, provoquant une hausse des troubles psychologiques et psychiatriques (anxiété et éco-anxiété, insomnies, troubles de l’humeur, dépression, etc.) et peut favoriser des comportements agressifs voire, dans certains cas, violents.

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Comment les événements extrêmes empoisonnent-ils notre air ?

Les tempêtes, sécheresses et des feux de forêt génèrent des particules fines nocives. Les panaches de fumée des feux de forêt sont composés de particules fines et ultrafines, et au-delà de leurs impacts locaux, ces pollutions peuvent traverser de longues distances. C’était notamment le cas des méga-feux d’Amérique du Nord de 2025 qui ont pollué l’air jusqu’en France. Ces panaches de fumée nocifs ont des effets sur la santé : ils provoquent des symptômes respiratoires, mais aussi des maladies telles que l’asthme ou d’autres maladies pulmonaires chroniques. Ces feux peuvent aussi provoquer des symptômes directs ou indirects d’irritations ORL (maux de gorge, otites) et cutanées (dermatites atopiques, démangeaisons) et avoir un impact sur la santé cardiovasculaire (hypertension, arythmie cardiaque et autres cardiopathies).

Les tempêtes de sable du Sahara, quant à elles, transportent des particules pouvant être chargées de métaux ou de germes sur de longues distances, atteignant la France métropolitaine, la Guadeloupe ou encore la Martinique. Sans venir d’aussi loin que le Sahara, lors de tempêtes en France, après de forts épisodes de sécheresse, les poussières des sols asséchés et soulevées par les vents sont également source de pollution de l’air.

Pourquoi le réchauffement climatique nous rend plus vulnérables aux maladies infectieuses ?

Le réchauffement favorise la migration vers le nord et en altitude d’espèces transmettrices de maladies, comme les moustiques et les tiques. En France, l’installation durable du moustique tigre augmente le risque de transmission de la dengue, du chikungunya et du virus Zika sur des territoires auparavant épargnés. De même, la progression des tiques accroît le risque de maladie de Lyme.

En quoi la chaleur aggrave-t-elle la pollution à l’ozone et quels en sont les effets ?

La chaleur et le soleil agissent sur plusieurs polluants de l’air, émis par le trafic, routier et aérien, l’agriculture ou encore l’industrie, les transformant en ozone au niveau du sol, un gaz hautement irritant.

Dans certaines villes, comme Nantes, la pollution à l’ozone expliquerait jusqu’à 31 % des décès constatés durant une vague de chaleur (toutes causes confondues).

Ainsi, plus le climat se réchauffe, plus les concentrations en ozone augmentent.

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Climat Climat
Enfant qui éternue au milieu de poussière ou pollen
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L’Ozone : un gaz d’abord nocif pour la santé puis pour le climat

En plus d’être néfaste pour la santé, l’ozone est un gaz à effet de serre (3e contributeur au réchauffement climatique selon le GIEC, après le CO2 et le méthane), ce qui renforce le réchauffement climatique et la formation d’ozone, dans un cercle terriblement vicieux. Aujourd’hui, près d’un cinquième du réchauffement climatique est directement attribuable à l’ozone. C’est une des raisons pour lesquelles la lutte contre la pollution de l’air est indissociable de celle contre le changement climatique.

NB : la couche d’ozone (composée du même gaz), située quant à elle très haut dans la stratosphère, nous protège des rayons du soleil.

Pourquoi la chaleur augmente les allergies et l’asthme ?

Le réchauffement climatique provoque l’allongement des saisons polliniques de 1 à 2 mois, et les intensifie. De plus, les plantes allergisantes, telles que l’ambroisie, gagnent du terrain : leurs aires d’implantations grandissent.

À cela s’ajoute une augmentation de l’allergénicité des pollens, causée par les polluants. En effet, les particules fines peuvent transporter le pollen et irriter les voies respiratoires. L’ozone, quant à lui, peut entraîner des modifications des grains de pollen et en augmenter le caractère allergisant. Plus irrités par une présence accrue des pollens, les poumons seront d’autant plus sensibles aux particules fines et aux polluants.

Parallèlement, un phénomène spécifique, les « asthmes d’orage », survient lorsque l’humidité et l’électricité fragmentent les pollens, permettant leur pénétration profonde dans les voies respiratoires et déclenchant des crises sévères. Face à l’augmentation des phénomènes météorologiques violents, ces crises seront amenées à s’accentuer, en récurrence et en intensité parmi la population.

Quel est le coût économique et social de ces dérèglements ?

Au-delà de l’impact majeur sur la pollution de l’air et la santé du vivant, le dérèglement climatique pèse notablement sur la productivité et la santé au travail. En 2024, 90 millions d’heures de travail n’auront pas été effectuées en France à cause des vagues de chaleur et de leurs conséquences sur la santé. La baisse de vigilance due à la chaleur augmente aussi les accidents, notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’agriculture, mais aussi de la restauration. Les personnels soignants sont également concernés, avec des impacts d’autant plus importants que le système de soins est saturé, surtout en période de crise.

Selon une analyse de l’OCDE portant sur 23 pays à ”l’économie avancée”, 10 jours supplémentaires de températures supérieures à 35° au cours d’une année réduisent de 0,3 % en moyenne la productivité annuelle du travail des entreprises.

Les événements extrêmes perturbent aussi la production agricole. Leur augmentation a déjà des impacts réels sur la production agricole (inondations, chaleur précoce suivie de gel tardif, sécheresse, orages violents).

La pollution à l’ozone impacte aussi les rendements agricoles : elle est responsable de pertes de production pouvant aller jusqu’à 20 % pour le blé en France. Elle freine aussi la croissance des arbres, avec des effets néfastes pour la biodiversité.

Un cercle vicieux climatique

Les feux de forêts engendrent des pollutions qui aggravent le réchauffement climatique, qui, lui-même, favorise les feux de forêt !

  • D’une part, la combustion libère massivement dans l’air du carbone (CO2) précédemment stocké par la végétation. Ce CO2 est un gaz à effet de serre, qui favorise le réchauffement climatique.
  • De plus, ces incendies émettent d’énormes quantités de suie (carbone noir) qui aggravent le réchauffement en absorbant directement la chaleur solaire dans l’atmosphère. Ces suies accélèrent notamment la fonte des glaces lorsqu’elles s’y déposent.

En savoir plus

Agir pour le climat : le meilleur investissement pour notre santé

Lutter contre le changement climatique apporte des co-bénéfices majeurs pour la qualité de l’air et pour la santé.

En effet, ce qui est néfaste pour le climat l’est aussi pour la santé : 75 à 80 % des causes du changement climatique ont pour source la combustion d’énergies fossiles, qui sont aussi des sources de pollutions délétères pour la santé.  

En France, l’action pour la neutralité carbone pourrait éviter au moins 4 milliards d’euros de dommages sanitaires et 2,5 milliards d’euros de dépenses de dépollution. Ainsi, 60 % à 150 % du coût de la transition écologique serait ainsi remboursé par les économies réalisées sur la santé, faisant de l’action climatique un investissement direct pour le bien-être collectif.

L’action en faveur de la décarbonation aura des effets bénéfiques sur la pollution de l’air et vice-versa ! Ainsi, d’ici 2030, ce sont des mesures spécifiques à mettre en œuvre contre la pollution de l’air (filtration, normes) qui auront l’effet positif le plus rapide. Entre 2030 à 2050, la mise en œuvre de la stratégie de neutralité carbone prendra le relais pour une amélioration durable de la qualité de l’air et de la santé.

Agir pour le climat c’est agir pour la qualité de l’air et vice-versa. Il est urgent d’accélérer la lutte contre le changement climatique et contre la pollution de l’air. C’est notre santé qui sera la principale bénéficiaire !

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Aller plus loin

Le rapport «Agir pour un air respirable : mesurer, comprendre, rassembler» s’adresse à toutes les personnes du mouvement FNE souhaitant s’engager localement pour améliorer la qualité de l’air.

Pourquoi ce rapport ?

France Nature Environnement a acquis 3 capteurs fixes de haute qualité permettant de mesurer les particules fines, le dioxyde d’azote et  l’ozone. Un d’entre eux mesure également l’ammoniac. FNE met aussi à disposition un capteur portable, permettant de mesurer les particules fines.

Ces capteurs peuvent être utilisés à des fins de sensibilisation et de mobilisation citoyenne dans les territoires, et peuvent également, dans certains cas, renforcer le plaidoyer des associations pour des politiques locales favorables à la santé des populations (mobilité durable, aménagement du territoire, etc.).

Ce rapport est issu du retour d’expériences de plusieurs associations ayant mesuré la qualité de l’air en zone de trafic routier, en milieu rural et en milieu urbain dans le cadre d’un projet. Pour emprunter un capteur de qualité de l’air, il est nécessaire de le lire.

De quoi parle le rapport ?

Ce document met en lumière :

  • Les situations pour lesquelles mesurer la qualité de l’air en tant que citoyen·ne peut constituer un atout en matière de sensibilisation et de plaidoyer
  • Une description des situations qui ne se prêtent pas à une mesure citoyenne
  • Des exemples d’observations et la manière dont elles peuvent être utilisées par les associations
  • Des conseils pour mobiliser plus largement autour de cette thématique

👉 Vous souhaitez vous lancer dans une campagne de mesure de la qualité de l’air ? Vous retrouverez les modalités et les conditions d’emprunt ici.

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Fiche pratique : La Redevance Kilométrique Poids Lourds 

En France, le fret routier représente près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. Pourtant, les poids lourds bénéficient toujours d’avantages fiscaux importants et d’un accès quasi gratuit au réseau routier non concédé. Une anomalie fiscale, qui représente un manque à gagner d›1 milliard €/an, et une anomalie environnementale que France Nature Environnement appelle à corriger avec un outil simple et efficace : la redevance kilométrique poids lourds (RKPL).

Pourquoi une redevance poids lourds ?

Depuis plus de vingt ans, le droit européen permet de faire payer aux camions leur juste part des coûts qu’ils génèrent pour la collectivité : dégradation des infrastructures, pollution de l’air, bruit, congestion, accidents… Plusieurs pays ont déjà mis en place des systèmes de tarification équitables intégrant ces coûts, conformément à la directive Eurovignette révisée en 2022. La France accuse un retard criant.

La proposition de France Nature Environnement

FNE propose deux mesures complémentaires :

  • Une redevance sur le réseau routier national non concédé, étendue aux itinéraires départementaux très fréquentés par les poids lourds. Une gestion nationale centralisée, adossée à des technologies modernes de télépéage, garantirait un tarif homogène et reverserait une part des recettes aux collectivités locales.
  • L’intégration des externalités dans les péages du réseau concédé, comme le permettent les textes européens, notamment pour la pollution de l’air, le bruit et les émissions de CO₂.

Des bénéfices nombreux 

  • Équité fiscale : Le transport routier paierait enfin à hauteur de ses impacts, rétablissant une concurrence plus loyale avec d’autres modes comme le ferroviaire.
  • Réduction de la pollution atmosphérique : En modulant le tarif selon le niveau d’émission des véhicules, la redevance encouragerait le renouvellement des flottes et une logistique plus vertueuse.
  • Financement des modes décarbonnées: Estimée entre 900 millions et 1,2 milliard d’euros par an, la redevance fournirait des ressources nouvelles pour financer la transition des mobilités, sans peser sur la dette publique.

Un levier juste, efficace et nécessaire

La mise en place de la RKPL serait un choix cohérent, juste et pragmatique pour accélérer la transition écologique et soutenir le report modal. Elle permettrait enfin à la France de se hisser au niveau des ambitions européennes en matière de fiscalité et de mobilité durable.

FNE appelle donc les pouvoirs publics à agir sans plus attendre, dès le projet de loi finance de 2026.

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Publié le 16 juillet 2019 - mis à jour le 25 juin 2025

Alors que les risques des pesticides pour la santé et l’environnement sont de mieux en mieux connus et documentés, leur utilisation continue d’augmenter, avec des dizaines de milliers de tonnes vendues chaque année. Qu’est-ce qu’un pesticide ? Herbicides, fongicides, insecticides… Comment ces produits agissent-ils ? Quels sont leurs impacts ? Et pourquoi continuent-ils malgré tout à être si largement utilisés ? France Nature Environnement fait le point sur ce dossier sensible.

C’est quoi un pesticide ? Pourquoi sont-ils autant utilisés ?

Néonicotinoïdes, diméthoate, glyphosate, SDHI, pyréthrinoïdes… Les pesticides, aussi connus sous le nom de produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques pour les végétaux, et de biocides pour les humains, les animaux et les matériaux, regroupent des centaines de substances actives aux noms barbares, d’origine naturelle ou synthétique.

Quand on parle de pesticide, on peut évoquer soit la molécule, synthétisée chimiquement ou d’origine naturelle, c’est-à-dire la substance active, soit le produit contenant cette substance active, qui associe d’autres composants. 

Ils sont principalement utilisés dans l’agriculture afin d’assister la croissance des cultures, d’éloigner, détruire, attirer, repousser, rendre inoffensifs ou contrôler toutes espèces de prédateurs, y compris les espèces végétales ou animales indésirables durant la production, l’entreposage, le transport, la distribution et la transformation des aliments, des produits agricoles, des matériaux ou des aliments pour animaux. Les pesticides recoupent aussi des antiparasitaires administrés aux animaux, des désinfectants ou des produits de protection des objets manufacturés.

⚠️ Dans la suite de ce dossier, on utilisera le terme « pesticides » pour parler des produits phytopharmaceutiques.

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Le marché mondial des pesticides est dominé par une poignée d’entreprises. Les quatre principales (Syngenta Group, Bayer, Corteva et BASF) en contrôlent environ 70 %. Le Brésil reste de loin le premier pays utilisateur (environ 800 000 tonnes), devant les États-Unis (environ 468 000 tonnes). La France est 10e de la liste et plus gros pays européen consommateur.

Pesticides en France : une grande histoire d’amour

En 2023, 65 600 tonnes de pesticides utilisés en agriculture ont été vendues, ce qui constitue une augmentation de près de 6% par rapport à l’année 2010. Les substances se répartissent entre celles dites « conventionnelles », à large dominance de synthèse, dont la diminution d’usage est recherchée, et celles utilisables en agriculture biologique (UAB), généralement moins nocives et persistantes.

Cliquez ici pour en savoir plus sur Boire de l'eau potable, en finir avec les pesticides

Le danger des pesticides

Le problème avec les pesticides, c’est qu’ils ont de graves conséquences sur la santé humaine et sur la santé des écosystèmes. L’agriculture industrielle, qui se fonde sur l’usage de pesticides, est l’une des principales responsables de l’effondrement de la biodiversité (voir le rapport des 10 ans de l’Observatoire National de la Biodiversité ou encore l’expertise scientifique collective INRAE-Ifremer).

Depuis 2008, les pouvoirs publics ont mis en place des plans Ecophyto, pour tenter de réduire leur utilisation. Mais malgré plus de 800 millions dépensés depuis 2009, l’usage de pesticides continue d’augmenter. Pour autant, les rendements agricoles stagnent, voire diminuent. C’est le constat que l’on peut faire en calculant la moyenne triennale (sur trois années, pour gommer les variations annuelles très dépendantes de la météo) des rendements pour plusieurs cultures (données Agreste, téléchargement 2025).

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Pesticides : quels impacts pour la santé ?

Cancers, perturbateurs endocriniens, polluants éternels : des effets de long terme

L’Organisation Mondiale de la Santé a classé un grand nombre de pesticides comme :

  • cancérogènes
  • mutagènes (toxiques pour l’ADN)
  • ou reprotoxiques (nocifs pour la fertilité)

Certains font également partie de la grande famille des perturbateurs endocriniens, dangereux pour la santé même à des niveaux d’exposition très faibles (voir l’article de FNE et de FNE Occitanie Pyrénées). D’autres appartiennent au groupe des PFAS, également appelé « polluants éternels » du fait de leur persistance dans l’environnement. Ils entrent dans la composition des produits pesticides en tant que substances actives ou adjuvants de par leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes aux fortes chaleurs. En France, 30 substances actives PFAS sont autorisées, et leurs ventes ont triplé depuis 2008 (2 332 tonnes vendues en 2021).

Derrière ces termes (pesticides, PFAS, perturbateurs endocriniens…) se cachent une myriade de maladies : maladie de Parkinson, cancers, malformations, infertilité…

Agriculteurs et riverains, en première ligne face aux pesticides

Les premiers touchés sont les agriculteurs et agricultrices qui manipulent et respirent ces produits, de l’entreposage à leur dispersion sur les parcelles. Même s’ils disposent d’équipements censés les protéger, ceux-ci sont souvent inadaptés, et pas forcément bien utilisés, comme le révélait un avis de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire en 2016. Les effets secondaires des produits phytosanitaires sont de plus en plus reconnus par les autorités comme des maladies professionnelles en agriculture. Fait unique au monde, un fond spécifique leur est dédié.

L’institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale (Inserm) a compilé en 2021 plus de 5 300 documents, et effectué des recherches complémentaires, pour établir les liens entre exposition aux pesticides pour différents types de populations et pathologies. Les résultats sont sans appel : les professionnels qui manipulent ou sont en contact régulier avec des pesticides ont une présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies : lymphomes non hodgkiniens, myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs, bronchopneumopathie chronique obstructive et bronchite chronique.

Des liens ont été identifiés pour d’autres pathologies ou événements de santé avec une présomption moyenne. C’est le cas notamment pour la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l’asthme et les sifflements respiratoires, et les pathologies thyroïdiennes.

Les riverains sont très peu voire pas du tout informés des risques pour leur sécurité et leur santé. France Nature Environnement défend une meilleure information sur l’exposition des citoyen·nes, et  les dangers de l’exposition à ces substances, qu’elles soient respirées, mangées ou bues. Pourtant, connaître son exposition aux pesticides permettrait de mettre en place des mesures de prévention de risques sanitaires. Cette information pousserait les pouvoirs publics à agir pour réduire l’utilisation des pesticides et promouvoir les alternatives.

Nous avions lancé plusieurs recours pour contester certaines chartes départementales illégales car méconnaissant l’information du public, et ayant une incidence directe et significative sur la santé humaine et l’environnement (puisque ces chartes permettent d’abaisser les distances minimales à respecter pour les épandages de pesticides à proximité des habitations). Liens vers les articles qui évoquent les sujets des chartes et des zones de non-traitement :

France Nature Environnement défend le dialogue local, pour avancer ensemble vers des modèles plus durables et protecteurs de la santé globale. Nous avons conçu un kit de dialogue sur le sujet.

Notre kit pour renouer le dialogue sur les pesticides

Toujours d’après l’expertise collective de l’Inserm (2021), plusieurs études suggèrent un lien entre l’exposition des riverains des terres agricoles et la maladie de Parkinson. Un cas tristement emblématique et particulièrement scandaleux est celui du chlordécone aux Antilles, qui a durablement contaminé les sols et les eaux.

Cet insecticide, utilisé massivement dans la culture des bananes jusqu’en 1993, est impliqué de façon directe dans le développement du cancer de la prostate ; la Guadeloupe et la Martinique en détiennent le triste record du monde. La responsabilité de l’État a été reconnue en mars 2025 pour avoir autorisé ce produit et manqué d’évaluer la pollution et d’informer la population touchée.

Air, eau, sols, aliments, faune et flore : nous sommes toutes et tous exposés aux pesticides

Les produits phytopharmaceutiques sont partout dans notre quotidien. Malgré leur usage restreint aux parcelles agricoles et pour certains usages bien précis, ils voyagent dans l’air, l’eau, le sol et les organismes vivants, dont ceux que nous mangeons. On en retrouve dans les zones les plus reculées, comme l’Arctique. En 2018, une étude de l’observatoire AirParif relevait la présence de 30 pesticides dans l’air ambiant, dont 6 interdits, dans des sites urbains ou périurbains d’Île-de-France. 

Une campagne nationale exploratoire a permis de mesurer, sur 50 sites varier, la concentration pour 75 substances. 70 d’entre elles ont été détectées au moins une fois.

  • Certaines reviennent très fréquemment, comme le glyphosate, ou encore le pro-sulfocarbe, qui se distingue par des niveaux de concentration supérieurs aux autres molécules (et qui par ailleurs est utilisé en très grandes quantités, pose de gros problèmes de dérives et de ce fait contamine régulièrement les champs en bio, entraînant des déclassements pour les producteur·ices). Fait surprenant, la campagne de mesures ne met pas en évidence de différences significatives de niveaux de concentration entre zones rurales et urbaines.
  • D’autres sont très résistantes à la dégradation dans l’environnement, et persistent des décennies dans les milieux, s’accumulant dans les tissus des organismes, nous compris. À titre d’exemple, près de 40% des pesticides présents dans les eaux souterraines sont actuellement interdits (CGDD, 2019). En 2017, des pesticides sont retrouvés dans 80 % des masses d’eaux souterraines, avec environ un quart d’entre elles dépassant le seuil réglementaire. Parmi les près de 300 substances recensées, la moitié sont des herbicides et 40 % sont des substances actuellement interdites.

La contamination des eaux de surface est également généralisée avec, entre 2015 et 2017, 84 % des points de mesures dépassant au moins une fois le seuil de 0,1 μg/l pour la concentration de chaque pesticide pris isolément. Les dépassements réguliers concernent plus d’un quart des points de mesure nationaux.

25,3% de la population, soit près de 17 millions d’habitant.es, ont été alimentés au moins une fois par de l’eau non conforme pour les pesticides en 2023, dont près de 12 millions de personnes de façon prolongée.

Cette profusion de molécules et produits de dégradation produit un « effet cocktail ». Leur présence simultanée peut avoir des effets additionnels, synergiques ou antagonistes. Cet aspect n’est pas intégré à l’évaluation des molécules pour leur mise sur le marché, et très complexe à appréhender par la recherche.  

Les composés persistants longtemps dans l’environnement, se dissolvant peu dans l’eau et ainsi pénétrant plus facilement dans les graisses, et dotés d’une résistance aux systèmes de dégradation biologiques, sont les composés les plus susceptibles de se bioamplifier le long de la chaîne alimentaire.  

Mais ce n’est pas parce que les composés sont vite dégradés que l’organisme est exempt de tout danger. En effet certains métabolites peuvent être encore plus dangereux que le composé primaire…

L’effet des pesticides sur la faune et la flore : un déclin rapide

Les pesticides font partie des principaux responsables de l’érosion de la biodiversité :

Pour les plantes associées aux milieux agricoles cultivés (bleuets, coquelicots, etc.), les chiffres ne sont pas plus rassurants : 23% d’entre elles sont menacées de disparition, 3 espèces ont aujourd’hui disparu, et 25 autres ont disparu de la moitié des départements où elles étaient présentes avant 1970.

L’expertise scientifique collective menée par l’Inrae en 2022 conclut à des effets négatifs des pesticides sur tous les taxons et les écosystèmes terrestres et marins. C’est un cercle vicieux, car la baisse généralisée des espèces et les dysfonctionnements des écosystèmes entraînent une dépendance accrue aux pesticides, car l’agriculteur ne peut plus s’appuyer sur la régulation naturelle des ravageurs sur sa parcelle.

Les produits phytopharmaceutiques, et plus largement l’agriculture industrielle et la disparition d’espaces naturels, ont une responsabilité énorme dans cette hécatombe, de manière directe ou indirecte. Que la durée d’exposition soit courte ou prolongée, celle-ci aura un impact à long terme pour les eaux, les végétaux, le fonctionnement des écosystèmes et notre santé globale.

Des impacts tout au long des chaînes alimentaires

Un rapport de l’agence de l’EFSA a montré que les néonicotinoïdes augmentent la mortalité des abeilles ; il rejoint les conclusions de nombreuses études scientifiques. La Commission Européenne, sur la base des conclusions de l’EFSA, a interdit l’utilisation de plusieurs néonicotinoïdes, sauf sous serre. Les industriels produisant ces pesticides n’ayant pas souhaité obtenir le renouvellement de l’approbation, seul l’acétamipride reste approuvé au niveau européen. Dans le cadre de la proposition de loi sur les contraintes liées au métier d’agriculteur, les conditions d’utilisation de cette molécule en France pourraient être assouplies.

En savoir plus :

Les pesticides peuvent causer des pathologies, diminuer la fertilité, perturber le système immunitaire, le comportement… Plus simplement, ils peuvent faire disparaître les proies d’autres espèces, qui auront alors bien plus de mal à se nourrir.

Amphibiens, mammifères, oiseaux, poissons et reptiles : tous les acteurs de la chaîne alimentaire voient leur espérance de vie et leur état de santé se dégrader, dans les eaux comme sur les sols. Une surveillance accrue du niveau de risque sanitaire a été mise en place ces dernières années, mais les actions de biocontrôle ne suivent pas la cadence.

À date, tous les écosystèmes, du sol à l’eau en passant par les espaces naturels ou les terres cultivées, sont fragilisés. Mais alors, face à une telle liste d’effets secondaires, comment se fait-il que les pesticides soient encore vendus ?

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Pourquoi les pesticides ne sont pas interdits ?

Un système d’évaluation incomplet

Pour être mis en vente, les pesticides doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché de différentes agences de biocontrôle au niveau européen et national.

  • Au niveau de l’Europe pour les substances actives,
  • puis de l’Europe et de l’État pour les produits commerciaux.

Pour établir ces autorisations, les autorités évaluent avant tout les différents risques sanitaires et alimentaires impliqués par les résidus chimiques pour les espèces non-ciblées par le pesticide (comme l’être humain). Ces évaluations jugent si le risque encouru est « acceptable », avec l’ambition que seules les molécules présentant plus d’avantages que d’inconvénients soient autorisées. Une évaluation est donc censée faire office de “garantie” attestant de la sécurité de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques testés.

Pour autant, l’étude complète des risques est très complexe, voire impossible. En effet, l’évaluation est faite en suivant des méthodes standardisées, qui ne peuvent pas reproduire les conditions réelles d’utilisation. 

La plupart des informations du dossier, dont l’évaluation des risques, sont fournies par les entreprises productrices de pesticides et leurs laboratoires affiliés, et ne sont pas publiées dans des revues de la littérature scientifique. Les industriels peuvent garder secrètes les études défavorables, elles ne sont pas tenues de publier les comptes-rendus complets des études de toxicité, et les méthodes d’évaluation sont élaborées par les industriels eux-mêmes.

Certaines méthodologies et tests sont dépassés et incomplets, et les conflits d’intérêts ne sont pas exclus. La littérature scientifique relue par les pairs est parfois écartée pour des motifs de non-conformité avec les lignes directrices conçues pour les études industrielles, et des preuves scientifiques d’effets nocifs sont régulièrement écartées pour des raisons opaques. De plus, l’évaluation est faite sur les risques liés à la substance active, et pas sur la totalité du produit, qui contient des coformulants et adjuvants. Et pourtant, parfois la substance active a peu d’effets sans ces adjuvants ! Il arrive même que ceux-ci ne soient pas dévoilés dans la composition finale des produits, raison invoquée : le secret industriel.

Par ailleurs, les substances qui composent les produits se dégradent dans l’environnement en métabolites, des molécules-filles parfois plus dangereuses que les molécules desquelles elles découlent. Ces cocktails de substances chimiques, qui peuvent interagir de manière additive ou synergique, ne sont pas testés, et il n’y pas de véritable suivi post-autorisation.

De par ces nombreuses failles, il est difficile de caractériser l’ensemble des atteintes à la biodiversité et aux écosystèmes, et les impacts sur notre alimentation et notre santé.

Retrait de la vente des pesticides : le parcours du combattant

Quand une étude vient alerter sur la nocivité d’une substance ou d’un produit disponible à la vente, le retrait n’est pas immédiat. De longues batailles d’expertises viennent retarder la décision politique et l’interdiction de consommation.

In fine, il revient aux États de décider de l’autorisation ou non des produits sur leur territoire et de restreindre les autorisations. Comme le prévoit le droit européen, ceux-ci portent la responsabilité, nationale, de prendre les mesures adéquates.

De nombreux autres combats sont menés pour retirer du marché les molécules dangereuses, à l’image de la mobilisation d’Eau et Rivières de Bretagne pour l’interdiction du S-métolachlore.

Ainsi, des années d’expertise, une forte mobilisation citoyenne et des actions devant la justice sont souvent nécessaires pour réussir à interdire les substances présentant les risques sanitaires et alimentaires les plus élevés, alors que des dizaines de nouveaux pesticides arrivent sur le marché chaque année. Mais alors, comment sortir de ce cercle vicieux ?

France Nature Environnement agit en justice dans un double but de renforcement de l’encadrement des produits phytopharmaceutiques et l’application des textes existants. L’association a sollicité, défendu et obtenu, notamment :

Stop aux pesticides près des habitations et des zones fragiles : FNE agit pour la santé et l’environnement

Habitations proches des épandages, eaux arrosées de pesticides, îlots de biodiversité sur lesquels il n’est pas interdit de répandre ces substances chimiques… Il existe bien des zones de tensions où la présence de pesticides est particulièrement préoccupante. France Nature Environnement mène campagne pour créer ou renforcer la protection des citoyennes et citoyens, mais aussi des espaces naturels fragiles.

Pour les experts, la bataille se nomme « ZNT » pour « Zones de Non Traitement aux pesticides » car c’est ainsi que le droit français a baptisé les aires sur lesquelles il est strictement interdit d’épandre des pesticides, généralement parce qu’elles sont trop proches d’un lieu sensible. Elles concernent généralement les cours d’eau et les habitations.

Pour nous soutenir dans ce combat, vous pouvez aussi agir à votre échelle. C’est grâce à la mobilisation de chacun que la France réduira son exposition aux risques sanitaires et réussira à sortir de sa dépendance aux pesticides.

Comment arrêter d’utiliser des pesticides ?

Une nécessaire transition des systèmes agroalimentaires vers l’agroécologie

Si France Nature Environnement milite régulièrement pour l’interdiction des pesticides les plus dangereux, notre fédération travaille également à un changement radical de pratiques de la part de l’ensemble des utilisateurs et utilisatrices. 

En matière d’agriculture, il est indispensable de passer d’un modèle agricole industriel à l’agroécologie. Issu de l’interaction entre l’agronomie et l’écologie, ce modèle agricole propose de s’appuyer sur la restauration des équilibres des écosystèmes pour obtenir des cultures plus résilientes. Plutôt que de tuer tous les insectes, elle vise par exemple à créer les conditions pour que les populations s’autorégulent. Il s’agit de recréer les conditions optimales de pousse des plantes et de vie des animaux. Comment ?

  • En restaurant de la diversité dans les cultures
  • En diminuant la taille des parcelles pour instaurer des couloirs de déplacement pour les animaux et insectes auxiliaires
  • En remettant les ruminants (vaches, chèvres, brebis) dans les prés pour pâturer
  • En préservant les prairies naturelles et la richesse de leur flore
  • En replantant des haies en bordure de champ et surtout des fossés et cours d’eau, voire des arbres dans les cultures (agroforesterie)

Les coopératives et industriels qui achètent les produits agricoles doivent évoluer, pour intégrer les produits issus de l’agroécologie, qui sont moins uniformes que ceux des systèmes industriels.

Les consommateurs doivent aussi manger différemment, plus de protéines végétales, plus de fibres, moins de sucre, pour permettre la révolution de l’agriculture française.

Et les distributeurs, les restaurateurs doivent faire évoluer leurs offres, leurs approvisionnements et les environnements alimentaires, pour favoriser l’achat des produits les plus durables et les meilleurs pour notre santé.

Chercheurs et chercheuses, industriels, coopératives, transformateurs, distributeurs, agriculteurs et agricultrices, pouvoirs publics, consommateurs… Cette transition nécessite l’implication de toutes sortes d’acteurs et d’actrices. Tous les maillons des filières doivent être mobilisés, pour faire évoluer leurs pratiques.

Contre un système alimentaire et agricole à deux vitesses (industriel vs. biologique, local vs. mondial), c’est la multiplicité des agricultures et l’adaptation de chaque production à son environnement local qui peuvent fournir des solutions résilientes et durables. Les politiques publiques doivent accompagner ces évolutions, et permettre à toute la population d’accéder à une alimentation saine et durable. À cela s’ajoute la surveillance et la protection des zones fragiles.

Découvrez nos 15 proposition pour une agriculture plus juste et plus durable en cliquant ici

Auprès des agriculteurs et des agricultrices, des pouvoirs publics, des citoyen∙nes ou encore des médias, France Nature Environnement se mobilise depuis des années pour porter et mettre en lumière les solutions permettant de se passer durablement des produits phytosanitaires.

Pour mettre fin à la dépendance de notre agriculture aux intrants en général et aux pesticides en particulier, nous souhaitons contribuer à la transition agroécologique, à la juste rémunération des services rendus par une agriculture plus vertueuse, à l’évolution de nos systèmes alimentaires. Pour notre santé et la sécurité de tous et toutes, notre environnement et à juste rémunération de celles et ceux qui nous nourrissent.

Et moi, comment je peux aider à sortir des pesticides ?

Contre les produits phytopharmaceutiques, tous les citoyen∙nes peuvent et doivent se mobiliser. Vous avez également votre rôle à jouer :

Le rapport inédit du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) apporte un éclairage sur les impacts sanitaires et économiques des émissions excédentaires de polluants provenant de véhicules diesel soupçonnés d’être équipés de dispositifs d’invalidation interdits. Ces dispositifs désactivent les systèmes de dépollution en dehors des tests réglementaires. Mis en place par des constructeurs automobiles, ils ont permis à des millions de véhicules de circuler en émettant des niveaux de pollution supérieurs aux normes légales.

L’étude se concentre sur les voitures diesel aux normes Euro 5 et Euro 6 mises en circulation entre 2009 et 2019, avant l’introduction des tests en conditions de conduite réelle (RDE), présentant des niveaux de pollution plus de deux fois supérieurs aux normes. Elle chiffre les conséquences des sur-émissions de ces véhicules dans l’Union européenne, en France et au Royaume-Uni entre 2009 et 2040, en termes de santé publique (décès prématurés, asthme infantile, maladies chroniques) et de coût pour l’économie (soins, arrêts de travail, perte de productivité, etc.).

En France, ces sur-émissions pourraient être responsables de 24 000 décès prématurés, 26 000 nouveaux cas d’asthme chez les enfants, 2,4 millions de jours d’arrêt maladie et 146 milliards d’euros de pertes économiques sur la période 2029-2040, si l’Etat n’agit pas.

En raison de la densité du trafic routier et de la concentration urbaine, l’Île-de-France fait partie des zones les plus exposées. Elle pourrait à elle seule enregistrer 8 000 décès prématurés, 10 000 cas d’asthme infantile, pour un coût estimé à 45 milliards d’euros. Ces chiffres confirment l’urgence d’agir pour protéger la santé des populations les plus exposées à la pollution de l’air.

Ce rapport appelle à une réaction forte et immédiate des pouvoirs publics. Il souligne également l’importance d’une mobilisation à l’échelle européenne pour mettre fin à l’impunité de cette pratique.

Thématique
Couverture du rapport sur les impacts sanitaires du Dieselgate
Modalités de mise à disposition
Association
France Nature Environnement
Référent
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